Celui qui regarde la neige nouvelle
par une fenêtre de chambre
où il dort seul
celui-là reste une minute de plus
l’œil ouvert émerveillé
la neige est revenue elle a tout recouvert
le jardin la colline et même ce qui fut jadis
la maison de son père
il a appris dans l’enfance
le langage de l’hiver.
Celle qui tient dans la rue par le bras son mari
il perd l’usage de ses jambes, elles tremblent
de froid et d’une vieille maladie
il titube parce qu’il ne veut pas que sa femme
devienne son infirmière
il dit des choses tristes
et dures
que les passants appellent « des choses grossières ».
Celui et celle liés par le sang de l’enfance
ils vont ensemble chez le notaire
la maison au bout d’une impasse est presque belle
pour eux cet endroit c’est une première
on leur dit qu’à présent ils sont adultes
il faut choisir entre recevoir les responsabilités
de leurs parents
ou refuser d’être pour la banque, les voisins et les impôts
de véritables descendants
ils ne comprennent rien au langage des clercs.
Celle qui prend des médicaments pour aller travailler
celui qui prend des médicaments parce qu’il a trop travaillé
celle qui prend des médicaments parce qu’elle aimerait bien travailler
celui qui prend des médicaments parce qu’il ne sera jamais en mesure de travailler
vous n’avez que ce mot à la bouche à la jambe à la tête
mais a déjà vraiment travaillé
sur soi-même ?
Qui comprend le langage de son corps
la pensée de son ventre, les revendications de son dos
le style de son souffle et l’hémistiche de son cœur ?
Qui comprend les mots de sa poitrine,
la grammaire de son cou, les liaisons de ses épaules,
qui connaît la musique de ses mouvements
qui est capable de conjuguer le rythme de son âme
avec celui de ses diplômes ?
Je veux apprendre à ne plus apprendre comme avant.
Cécile Coulon, dans Retrouver la douceur