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En septembre prochain, les près de 10 000 nouveaux internes qui débuteront le 3ème cycle des études de médecine devront choisir leur spécialité. Si des disciplines comme la chirurgie plastique, la dermatologie ou l’ophtalmologie ont le vent en poupe, une nouvelle spécialité en passe d’être créée pourrait s’attirer les faveurs des jeunes médecins : euthanasiste. « Un métier d’avenir » titre ainsi une tribune publiée ce samedi dans le journal Le Point.

« Jeunes médecins, vous qui hésitez encore pour choisir votre spécialité, ne tergiversez plus ! La nouvelle loi sur la fin de vie en passe d’être adoptée vous offre une opportunité unique : devenez euthanasistes ! » débute la tribune au ton volontairement provocateur. Le texte énumère ensuite les « avantages » de cette nouvelle spécialité, énumération qui sert en réalité de prétexte pour l’auteur à mettre en avant les nombreuses failles de la proposition de loi légalisant le suicide assisté et l’euthanasie.

« Le recrutement de patients est inépuisable, vos études de médecine vous ont bien appris que la vie est la seule maladie mortelle à 100 % » peut-on ainsi lire dans la tribune. « La formation est rapide et dénue de complexité. Aucun diplôme n’est exigé, et tous vos collègues médecins blanchis sous le harnais vous confirmeront qu’il est de loin beaucoup plus facile de tuer un patient que de le soulager » poursuit le texte, soulevant ainsi insidieusement l’argument selon lequel la légalisation du suicide assisté serait une solution de facilité face aux difficultés d’accès aux soins palliatifs en France.

Comme autre « avantage » du métier d’euthanasiste, la tribune évoque « une concurrence limitée », puisque « nombreux sont vos collègues qui restent tétanisés par un serment d’Hippocrate que la nouvelle loi va devoir faire modifier ». Le texte souligne également que le futur euthanasiste pourra bénéficier du « sponsor particulièrement actif des associations pour mourir dans la dignité » ainsi que d’un « soutien psychologique ». « Des collègues belges euthanasistes sont prêts à venir témoigner devant vous qu’au début cela empêche de dormir, mais après on s’habitue » commente l’auteur de la tribune avec ironie.

Enfin, l’auteur de la tribune met en avant une « rentabilité assurée » puisqu’un « amendement visant à interdire la création de structures à visée lucrative organisant la fin de vie a été repoussé ». « La porte est donc grande ouverte à la création de maisons d’accompagnement de la fin de vie, offrant des prestations optimales aux patients qui le souhaitent, et ceci contre facturation adaptée » poursuit-il. « N’hésitez donc plus, engagez-vous dans une voie dont l’avenir est assuré » conclut la tribune.

Comme pour souligner une dernière fois le caractère satirique de ce texte, la tribune est signée par un certain Dr Cyprien Tumoivitt, président de la Société Française d’Euthanasie et de Suicide Assistée (SFESA). Derrière ce pseudonyme se cache en réalité le Pr Jean-Marc Cosset, ancien chef du service d’oncologie et de radiothérapie de l’Institut Curie. Un personnage iconoclaste qui est l’auteur de plusieurs romans policiers et également scénariste de bande dessinée.

La tribune publiée par Le Point n’a pas manqué de faire réagir sur les réseaux sociaux. Il y a évidemment eu de nombreuses personnes qui n’ont pas saisi le caractère satirique de la tribune et qui ont cru que le journal faisait véritablement l’éloge de l’euthanasie. « Le Point est vraiment devenu un torchon » a ainsi commenté l’actrice Béatrice Rosen, connue pour avoir défendu des positions antivaccin durant la pandémie de Covid-19, tandis que le député d’extrême-droite Alexandre Allegret-Pillot s’inquiète, au premier degré, des « dérives » de la légalisation de l’euthanasie qui seraient illustrées par cette tribune.

Passé la confusion sur le caractère ironique de la tribune, le texte a également été critiqué par les partisans de la légalisation du suicide assisté. « Ce débat de fond, mené pour accompagner des personnes gravement malades qui vont mourir et qui n’en peuvent plus de leurs souffrances, mérite vraiment mieux que des idioties de certains médecins et opposants » commente ainsi Jonathan Denis, président de l’association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD). « La tribune grinçante du Pr Cosset ne plaît pas aux militants de l’euthanasie car elle les met face à leur idéologie, bien loin de la réalité de terrain que nos soignants et nos patients pourraient vivre si le législateur ne réagit pas » lui répond le Syndicat de la famille, association conservatrice engagée contre la légalisation du suicide assisté.

Y aura-t-il une limite au nombre de patients « traités » ?

Quelle que soit l’opinion que l’on se fait de la légalisation sans doute prochaine du suicide assisté (le texte doit revenir au Sénat ce mercredi) et que l’on juge opportun ou non d’user d’ironie dans un débat aussi sensible, la tribune du Pr Cosset a au moins le mérite de mettre en lumière une question qui aura été finalement peu évoquée lors des récents débats parlementaires sur la fin de vie : le rôle du médecin dans le processus de l’aide à mourir.

Si le texte récemment adopté par l’Assemblée nationale prévoit bien une clause de conscience, qui permettra aux médecins de refuser de participer à un suicide assisté ou à une euthanasie, rien n’est en effet prévu pour ceux, au contraire, qui accepteraient. Comment seront-ils rémunérés ? Bénéficieront-ils d’un soutien psychologique spécifique ? Y aura-t-il une limite au nombre de patients qu’un même médecin pourra aider à mourir ? Dans les pays qui ont autorisé l’euthanasie, comme la Belgique ou le Canada, certains médecins s’en sont tristement fait une spécialité et déclarent fièrement avoir tué plusieurs centaines de leurs patients.

De véritables euthanasistes professionnels, sans ironie cette fois.

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[–] Ziggurat@jlai.lu 12 points 1 day ago (2 children)

Ça devrait être un loi consensuelle et de bon-sens, mais la droite catho pense que c'est bien de laisser souffrir les gens, on va se retrouver avec une loi mal fichue et à coté de la plaque pour faire des concessions à la manif pour tous.

[–] Takapapatapaka@tarte.nuage-libre.fr 10 points 1 day ago (2 children)

C'est pas si simple en pratique, perso j'étais 100% pour et j'ai été convaincu de l'inverse par les arguments de groupes de gauche/extrême-gauche sur le fond (notamment cet article de l'UCL) : si en théorie, tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut laisser les gens mettre un terme à leurs souffrances s'iels le souhaitent, en pratique, avec l'état de l'hôpital, on court le risque que des gens veuillent mettre un terme à leur souffrance pas parce que leur maladie n'est pas soignable, mais parce que l'hôpital où iels sont n'est pas capable de les soigner correctement. Le problème est d'autant plus fort avec les personnes aux volontés plus fragiles, les personnes handicapées, etc., qui ont des conditions de vie misérables pas tant à cause de leurs états personnels que du système de santé et d'accompagnement. Et même si on écarte les cas de personnes poussées à l'euthanasie par leur entourage ou leurs soignant.e.s, le simple fait que des personnes choisissent de mourir seulement parce que le système de santé n'est pas aussi bon qu'il pourrait l'être ça me semble révoltant.

[–] blanka@lemmy.dbzer0.com 7 points 1 day ago (2 children)

A fortiori, d'après ces gens, et je le dis comme ça parce que j'ai pas pris le temps d'aller vérifier, dans les pays qui ont déjà mis en place cette mesure de façon similaire (Canada et Belgique de mémoire), on a des cas de patients avec des maladies incurables qu'on incite à choisir cette option pour des raisons économiques.

Perso si le système de santé était excellent pour tout le monde j'aurais aucun souci avec cette mesure, mais on sait très bien que ce n'est pas le cas et que ça ne va pas en s'améliorant.

[–] Takapapatapaka@tarte.nuage-libre.fr 3 points 1 day ago (1 children)

Oui, j'ai aussi lu des témoignages de gens avec qui le personnel soignant a été très insistant sur le fait qu'une euthanasie permettrait d'avoir plus de ressources pour les autres patients. L'argument n'est pas illogique dans l'absolu, mais le fait qu'il soit avancé contre la volonté de la personne est dégueulasse.

[–] blanka@lemmy.dbzer0.com 2 points 1 day ago (1 children)

C'est déprimant, plus je lis sur le sujet et plus ça m'écœure. Merci du partage malgré tout ;)

[–] toad@sh.itjust.works 1 points 1 day ago

Ben il faudrait commencer par la au lieu de vouloir absolument que les cancereux ne crevent en recrachant leur poumons.

[–] toad@sh.itjust.works 2 points 1 day ago (1 children)

Ma grand mere s'est fait euthanasier a 87 ans. Elle crevait de mal au dos. Personne ne l'a poussé, c'est elle qui a fais les demarches, en secret, et ca a duré une décénie. Pardon, mais l'alternative, c'etait des annees d'agonie. Alors venir dire qu'elle aurait du rester a souffrir au nom du fait que les liberaux pouraient detruire l'hopital, ca me parais etre un retournement reactionnaire de la "gauche" du type "anti-immigrationiste de gauche".

Ca devrais meme pas etre un truc politique. Laissez les gens tranquille.

[–] Takapapatapaka@tarte.nuage-libre.fr 2 points 1 day ago (3 children)

Désolé pour ta grand-mère, c'est clairement un cas qui justifie l'euthanasie. Simplement il faut être hyper précautionneux pour empêcher que ça soit appliqué à des gens qui n'en veulent pas. Ignorer les risques pour les personnes non consentantes au nom du droit des personnes consentantes, c'est réac aussi sur le papier. Mais au bout du compte, c'est juste un sujet hyper complexe, et on est tous.tes là pour défendre des gens qui comptent pour nous, qu'iels aient besoin de l'euthanasie ou que ça les menace. Et une chose est sûre, toutes ces personnes bénéficieraient d'une amélioration du système de santé. Et je suis pas d'accord, ça devrait être quelque chose de politique, on devrait précisément débattre des modalités pour être sûr.es que le droit de chacun.e à disposer de son propre corps soit respecté, vu que ce n'est pas un sujet simple.

[–] Niquarl@lemmy.ml 2 points 23 hours ago

Oui enfin on ne vas pas interdire les rapports sexuels hors mariage parce-que y'a des viols non plus, faut être raisonnable et avoir une police et justice qui font le boulot pour les meurtres.

[–] toad@sh.itjust.works 3 points 1 day ago (1 children)

en tout cas elle me manque beaucoup, toute les deux. Elle etait bretonne, ma grand mere. Elle avais rencontré mon belge de grand pere alors qu'il etait en camp scout. Il lui a fais la causette alors qu'elle flanait pres d'une fontaine. Ils ont echangés leur addresses, se sont envoyé des lettres et des lettres pendant dix ans. A 24 ans, elle etait veuve, ils se sont retrouve pres de la meme fontaine, dix ans plus tard. Et il l'a ramené chez nous :')

[–] Takapapatapaka@tarte.nuage-libre.fr 3 points 1 day ago (1 children)

C'est une belle histoire, ça c'est sûr ! Plein de force pour endurer ces souvenirs que ce genre de conversation font remonter ♥️

[–] toad@sh.itjust.works 3 points 1 day ago

Oh j'y pense souvent. Merci copain :)

[–] toad@sh.itjust.works 2 points 1 day ago (1 children)

On est bien d'accord copain. Je pense juste qu'il faut juste ne pas confondre les causes profondes. Qu'ils soient en train de tuer les hopitaux, c'est indeniable. Mais bon, je t'assure que c'est legal depuis 20 ans ici et personne n'y a vu a redire. Perso j'y vois un slippery slope fallacy, en mode "si on authorise les gays a se marrier, bientot on authorisera la pedophilie". De meme, "si on authorise l'euthanasie, d'ici 5 ans on a des cabines a suicides gratuites pour les chomeurs".

Donc j'ai du mal a comprendre si l'opposition antivalidistes est contre dans l'implementation ou bien sur le principe.

Et honnetement, j'etait devaste a l'epoque, mais avec le recul, j'aurais pas voulu que ca se passe autrement. Mon autre grand-mere etait francaise, elle etait contre l'euthanasie, je l'ai vu s'etouffer dans ses glaires. C'etait bien plus traumatique pour tout le monde.

[–] Takapapatapaka@tarte.nuage-libre.fr 1 points 1 day ago (1 children)

Je comprends ton raisonnement, la différence c'est que d'après les collectifs antivalidistes, il y a des conséquences négatives immédiates, pas à long terme. La plus directe ce sont les personnes poussées à l'euthanasie par leurs proches ou le personnel soignant, et surtout faute d'alternatives techniquement possibles mais indisponibles en pratique (iels avancent des chiffres comme quoi une grosse majorité de personnes qui ont exprimé une volonté d'euthanasie se rétractent une fois qu'iels ont accès à des soins paliatifs). La plus indirecte est que ça construit un discours et une manière de voir le monde où la souffrance et le handicap sont nécessairement indignes et justifient la mort (ce qui alimente le premier problème). Maintenant on est bien d'accord que les fins de vie peuvent être atroces pour les personnes comme pour leurs proches, et que pour les personnes qui veulent vraiment aller au bout d'une euthanasie, il faudrait leur permettre. Il faut juste établir beaucoup plus de garde-fous, au premier rang desquels des alternatives immédiatement accessibles, ou au moins plus accessibles que l'euthanasie,ce qui n'est malheureusement pas le cas actuellement (apparemment les soins paliatifs ne sont disponibles qu'à 50% de la demande ou un truc du style).

[–] baitu@jlai.lu 1 points 19 hours ago (1 children)

Est-ce que ce n’est pas à l’euthanasiste justement de faire le filtre ?

ça pourrait ! Et idéalement pas à une seule personne, mais à une série de spécialistes au cours de la démarche. Néanmoins, les collectifs antivalidistes reprochent plusieurs choses à ce système : déjà, dans la loi en passe d'être appliquée, c'est à l'euthanasiste de s'assurer le jour de l'euthanasie que la personne n'a pas subi de pressions extérieures. On se dit que c'est un peu tard, en plus d'après ces collectifs si quelqu'un a subi des pressions sur le long terme, c'est moins probable de se désister au dernier moment, et surtout ça n'empêche pas les pressions de la part de l'euthanasiste.

Parce que c'est le deuxième reproche, on a des témoignages des pays qui pratiquent l'euthanasie dans lesquels des patient.es ont jugé que le personnel soignant leur proposait l'euthanasie avec beaucoup d'insistance, notamment en avançant le coût que la personne représenterait pour l'hôpital si elle restait en vie. Ce qui est d'autant plus probable d'arriver dans un système où l'hôpital se casse la gueule : on donne un intérêt aux patients à se faire euthanasier, parce qu'iels sont mal soigné.es, et aux soignant.es à les euthanasier, parce que ça sera moins de boulot et plus de ressources. L'euthanasiste peut ne pas bien filtrer, et pire, a des intérêts à le faire dans notre système.

Dernier reproche que j'ai en tête, c'est le risque de procéduralisme. D'après ces collectifs, une part non négligeable (iels disent une majorité) des demandes d'euthanasie sont passagères. Or, iels craignent qu'une procédure stricte pour y accéder n'enferme ces personnes dans le processus : une fois que tu as pris le temps ou fait déplacer un psy, un médecin, fait faire des tas de paperasses, fait déplacer tes proches, etc., on peut imaginer que certaines personnes, notamment les plus fragiles et dépendantes, auront peur de se désister parce qu'elles auraient fait perdre du temps à tous ces gens. C'est-à-dire que même des gardes-fous suffisants en théorie peuvent être contre-productifs en pratique.

ça c'est surtout pour les personnes les plus fragiles/dépendantes/influençables. Maintenant, pour tout le monde, il est impératif d'avoir des alternatives disponibles : une personne en pleinement possession de ses moyens pourrait choisir de mourir parce qu'elle n'a pas accès à des soins palliatifs, ce qui revient en tant que société à dire qu'on va offrir à des gens la possibilité de mourir sans leur avoir proposé de soulager leurs souffrances. Et ça, personnellement, je trouve ça immonde, même pour des personnes sûres d'elles. Parce qu'il n'y a même plus de tri à faire faire par un.e euthanasiste faillible et potentiellement biaisé.e : dans le contexte, ça pourrait être la bonne décision sur le moment. Ces cas là ne peuvent être prévenus qu'à l'échelle de la société, en se dotant de moyens de soulager les douleurs (même pas de soigner) avant de se doter de moyens d'euthanasier.

[–] Cooltag@lemmy.org 1 points 1 day ago* (last edited 1 day ago)

C'est les mêmes qui sont pour la peine de mort donc...